Posted 14/10/2012 by Speaky in Monde
 
 

Occupy Wall Street tente un come-back en pleine élection

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Depuis qu’il a fêté son premier anniversaire le mois dernier, le mouvement de protestation des 99% semble à nouveau sortir de la torpeur dans laquelle l’avaient enfermé les médias. En écho aux manifestations contre l’austérité qui ont agité l’Europe ce week-end, les rassemblements agissent désormais comme un agrégateur d’indignations, pour espérer grossir de nouveau. Au programme : changement de décor, invités venus du monde entier, édition d’un manuel de résistance, et concert de casseroles au pied de la Trump Tower.

S’il y a bien une chose qui exaspère les leaders du mouvement Occupy Wall Street, hormis le fait d’être qualifiés de leaders, c’est d’entendre que la mobilisation s’essouffle : “avancer que la protestation est morte à New York, décapiter les batailles sur l’éducation, le logement, mépriser la résistance passive, est pervers et ridicule”, explique Conor, étudiant et éducateur à l’origine de cette journée quasiment improvisée sur Facebook (dans le cadre d’un Global noise planétaire), alors que plusieurs anonymes prennent la parole dans toutes les langues, à Columbus Circle, angle sud-ouest de Central Park. Au sol, les cartons de slogans s’amoncellent, tandis que les drapeaux fendent le froid. Le Mexique est là. Une télévision espagnole. Certains ont fabriqué d’immenses dollars, ça tracte en criant, un livre de 120 pages en kraft est distribué, il est intituléManuel des opérations pour les opposants à la dette. Un millier de personnes est encerclé par la Police. On est cependant encore loin des batailles alter-mondialistes de Seattle.

En début d’année, la découverte de Charlotte’s Place, le lieu de vie près de la source (le désormais fameux Zuccotti Park), laissait en effet perplexe. Il évoquait davantage un coffee-shop de hipsters qu’un haut-lieu de la contestation US. De quoi y laisser des plumes, et entretenir “un déficit de légitimité”comme l’expliquait récemment dans Le Monde, l’économiste Evariste Lefeuvre.

“Cette histoire de lieu nous a fait réfléchir, précise Conor, et de fait la question n’est pas tant, où se rejoindre physiquement, mais plutôt, quelles possibilités avons-nous d’agir pour notre pays ? (…) Au final, il n’y a pas de carte de membre pour rejoindre le mouvement, pas de lieu précis, et des dizaines de groupes politiques très variés existaient déjà avant. Depuis un an, nous avons vu des centaines de milliers de personnes galvanisées, s’engager, et nous sommes très motivés à l’idée d’entamer une deuxième saison. Nous avons un plan d’occupation pour dix années au moins”.

Question : est-ce que l’élection présidentielle américaine qui approche, les rend plus forts et davantage soucieux de retrouver une réelle visibilité ? Conor répond :

“L’élection présidentielle est vraiment utile, car elle montre aux gens à quel point le système politique est corrompu. Il y a eu ce débat entre les deux candidats cette semaine à la télé. Aucun ne parlait de ce qui concerne les gens ordinaires. Ils n’évoquaient pas la manière dont gouvernement et grandes entreprises sont au centre des problèmes aux USA. Conclusion, je pense que les élections sont le pire cauchemar de notre système politique, car elles ne peuvent répondre aux questions que les citoyens se posent pour changer la société”.

A n’en pas douter, le malaise est bien plus prégnant qu’à Montréal, et sa charmante révolution érable. Ici, on ne se bat pas pour quelques dollars de moins sur la facture des frais d’inscription à la fac. Le système, s’il n’ose pas dire son nom (“le terme de classes moyennes est un gros mot aux Etats-Unis”, ajoutait Lefeuvre dans Le Monde), est déjà largement vicié par les inégalités sociales. Il concluait ainsi :

“Le mouvement exerce néanmoins des actions locales qui redessinent, bien que modestement, le paysage social américain”.

De fait, après quatre heures à passer en revue un éventail assez large de revendications, “ils se dirigent vers les endroits symboliques où vivent les 1%”, explique Mazey Holland, une étudiante anglaise venue terminer sa thèse d’anthropologie sur Occupy :

“Quand je dis que je travaille sur ce domaine précis, la plupart des gens me demandent s’il est toujours vivant. Mais c’est évidemment un succès. Cela dépend juste de la manière dont il est considéré, et de ce qui définit le succès”.

Comprendre : les médias ont trouvé des marottes plus vendeuses, en ont oublié les 99%, de peur de lasser leur public. A y regarder de plus près, les journalistes sont présents mais “modestes” en ce samedi après-midi. Pas de grosse chaîne nationale. La plupart ne sont même pas américains. Pourtant, le barouf est conséquent, et coupe la circulation sur plusieurs blocs, quand le cortège se met en route vers la riche 5ème avenue, après une bruyante escale chez l’ami Donald Trump. Ironie : le Wall Street Journal, qui considérait récemment les manifestants comme des parasites,s’intéressait ce vendredi au créateur du masque des Indignés, repris à  V pour Vendetta et aux Anonymous. Hier pourtant, la colère s’était déplacée dans les beaux quartiers. Devant des touristes curieux et des messieurs-dames apprêtés, et médusés.

 

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